L’Italie ferme ses ports aux migrants... et fait tousser une partie du M5s

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L’Italie ferme ses ports aux migrants... et fait tousser une partie du M5s

L’Aquarius lors d’une de ses missions de sauvetage de migrants dans la mer Méditerrannée. Avril 2018. - CHRISTOPHE PETIT TESSON

Alors que l’Espagne a fini par ouvrir ses ports à l’Aquarius, qui transporte 629 clandestins, Matteo Salvini s’apprête à refuser un nouveau navire souhaitant jeter l’ancre en Italie. Au sein du " M5s ", l’autre parti du gouvernement, certains estiment que l’action humanitaire doit prévaloir lorsque des vies sont en jeu.

Depuis deux jours, Malte et Rome se renvoient la balle. La petite île qui a la taille d’un mouchoir de poche invoque le droit en « conformité avec ses obligations internationales » de refuser de recevoir le navire " Aquarius " et ses 629 clandestins, dont 123 mineurs et sept femmes enceintes.

Pour sa part, le ministre de l’Intérieur et patron de " la Ligue ", Matteo Salvini, a annoncé la fermeture des ports italiens pour empêcher le bateau de l’ONG européenne " SOS Méditerranée " et affrété par " Médecins sans frontières ", de jeter l’ancre.

Bloqué à 35 miles nautiques de la Sicile et 27 miles de l’ancienne colonie britannique, " l’Aquarius " fait du surplace.

A bord, la situation se complique au fil des heures. A part le manque de carburant, « il n’y a pratiquement plus de nourriture à bord, dans 24 heures, les réserves seront terminées », a annoncé l’équipe du siège romain de " Médecins sans frontières " qui suit le dossier.

Lundi après-midi, tandis que l’ONU, le Vatican et l’Union européenne multipliaient vainement les pressions sur les gouvernements maltais et italien, l’Espagne annonçait qu’elle allait ouvrir les portes de Valence au navire.

Tour de vis migratoire

Plus qu’un avertissement, la posture de fermeté de Matteo Salvini sur l’affaire de " l’Aquarius " marque le début du tour de vis promis par le ministre de l’Intérieur sur la question migratoire.

A part la fermeture des ports italiens, le patron de " la Ligue " veut aussi réduire le budget destiné à subventionner les structures d’accueil.

Cette économie devrait financer des mesures destinées, dit-il, " à améliorer le niveau de vie des Italiens ". Matteo Salvini s’apprête également à demander une enveloppe à Bruxelles pour commencer à expulser le demi-million de clandestins qu’il a promis de renvoyer en Afrique et en Asie pendant et après la campagne électorale.

Une opération chiffrée à 1,5 milliard d’euros - l’agence européenne de garde-côtes et garde-frontières " Frontex " ayant estimé le coût de chaque expulsion, frais de vol et d’escorte policière compris, à 3 000 €.

Une partie du " M5s " tousse

L’affaire risque toutefois d’être compliquée. Car si la classe politique estime qu’il faut réduire les flux migratoires, cela ne veut pas dire approuver la politique de Matteo Salvini qui met des vies humaines en péril.

Lundi midi d’ailleurs, un front du « non » a vu le jour avec les déclarations des maires des villes portuaires du sud de l’Italie, prêts à accueillir " l’Aquarius ".

De l’autre coté de la botte, Filippo Nogarin, édile de Livourne (Ligure) et membre du " M5s ", partenaire de " la Ligue " au gouvernement, a lancé un message identique sur " Facebook " en déclarant : « Nous devons éviter de ne plus être humains en détournant nos regards et de ressembler aux trafiquants de clandestins ».

Tout en l’effaçant quelques minutes plus tard pour éviter de « mettre le gouvernement dans l’embarras et de créer une crise diplomatique », se justifiera-t-il.

Reste que le geste du maire de Livourne, le premier, a ouvert une faille dans le " M5s ". Car si la nomenklatura au pouvoir soutient la posture de fermeté de " la Ligue ", une partie du mouvement estime, en revanche, que l’action humanitaire doit prévaloir sur les raisons politiques lorsque des vies humaines sont en jeu.

Dans quelques heures, un autre navire affrété par une ONG allemande, le " Seas Watch ", qui transporte 790 migrants, demandera l’autorisation de jeter l’ancre à Malte ou en Sicile.

La petite île refusera et Rome n’ouvrira pas ses ports. Une cellule d’urgence se réunira ce soir. Mais la réponse de Matteo Salvini sera probablement encore la même : l’Italie a cessé de baisser la tête et d’obéir, fermons nos ports.

Ariel F. Dumont,

à Rome

Marianne