" Passe sanitaire " : le gouvernement fait machine arrière sur certaines mesures inapplicables

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Passe sanitaire " : le gouvernement fait machine arrière sur certaines mesures inapplicables

Mardi 13 juillet, Olivier Véran est revenu sur certaines des modalités d’entrée en vigueur du " passe sanitaire " au courant de l’été, reconnaissant l’impossibilité d’appliquer certaines mesures. AFP

Annoncée le lundi 12 juillet par Emmanuel Macron, l’extension du " passe sanitaire " à certains lieux s’est rapidement heurtée à la réalité : impossible de vacciner aussi vite les adolescents, mais aussi tous les salariés d’établissements recevant du public. Pratiquement dès le lendemain, le gouvernement a été obligé de revenir sur certaines mesures.

Avant de parler, mieux vaut tourner sept fois sa langue dans sa bouche.

Lundi 12 juillet, lorsqu’Emmanuel Macron annonce l’extension du " passe sanitaire " à certains lieux, le message est clair : il faut inciter à la vaccination, et vite.

Alors à partir du 21 juillet, impossible de se rendre dans les établissements recevant du public de plus de 50 personnes sans avoir été vacciné ou sans posséder un récent test " négatif " si on a plus de 12 ans.

Un point c’est tout.

Le 1er août, même consigne dans les restaurants, cafés, centres commerciaux, ou même les trains et avions.

Là non plus, pas de négociation possible.

Encore aurait-il fallu que les mesures, si " louables " soient-elles d’un point de vue " épidémiologique ", soient applicables. Les délais, particulièrement serrés, ne laissent pas le temps à un grand nombre de professionnels de recevoir leur piqûre avant l’échéance, ni aux vacanciers de s’adapter.

Difficile d’imaginer que tous les serveurs soient vaccinés le 1er août, tout comme leurs clients. Alors rapidement, le gouvernement nuance.

« SOUPLESSE »

Gabriel Attal ouvre le bal sur " Europe 1 " le 13 juillet, au lendemain matin de l’allocution présidentielle.

" Pour une personne qui n’aurait pas encore eu le temps de faire ses deux doses, elle peut évidemment bénéficier du passe sanitaire en faisant des tests régulièrement ", même si le porte-parole du gouvernement le reconnaît lui-même : " Ce n’est pas ce qu’il y a de plus confortable ".

Il évoque rapidement une certaine " souplesse " quant à l’application des mesures. Et Olivier Véran d’enchaîner sur " BFM TV " : " La loi ne sera pas applicable à compter du 1er août, il y aura quelques jours de délai ".

Le soir même, le ministre de la Santé " rétropédale " carrément.

Vingt-quatre heures seulement après les annonces d’Emmanuel Macron, il revient sur certaines des modalités d’application du " passe sanitaire " lors d’une interview dans le journal télévisé de 20 heures sur " France 2 ", le 13 juillet.

Première adaptation : l’échéance du " passe sanitaire " pour les adolescents. Les 12 - 17 ans devaient, comme leurs aînés, posséder le précieux " sésame " à partir du 21 juillet pour certains établissements, et du 1er août dans les cafés, restaurants, etc. Or, difficile d’imaginer qu’une grande partie d’entre eux pourrait avoir terminé son cycle de vaccination d’ici là : les piqûres ne leur ont été proposées que le 15 juin.

Même en ayant commencé à vacciner à ce moment-là, ceux-ci ne pourraient posséder le " passe sanitaire " que mi-juillet, en supposant qu’ils aient reçu leur première piqûre dès le 15 juin, et leur deuxième tout juste 21 jours après la première.

Possible, en théorie, mais sûrement pas pour tous, ce qui laisse courir le risque que tous ne soient pas " immunisés " aussi rapidement. Ils ne seront donc soumis à la présentation de leur passe qu’à partir du 30 août. Une mesure qui vise à " ne pas gâcher les vacances des familles " - on évite aussi des milliers d’annulations de colonies de vacances.

Olivier Véran a tout de même invité les adolescents à se faire " vacciner rapidement ", même si des campagnes de vaccination spécifiques auront - par ailleurs - lieu à la rentrée dans les établissements scolaires.

ÉCHÉANCE REPOUSSÉE

Deuxième point : désormais, les salariés des établissements qui reçoivent du public bénéficieront eux aussi d’une tolérance jusqu’à fin août. Tout comme les adolescents, difficile d’imaginer qu’ils auraient pu être tous protégés d’ici au 1er août.

Une mesure bienvenue pour les restaurateurs, mais qui risquent de donner lieu à une situation pour le moins ubuesque. Si l’on se rend au restaurant en août, il sera donc possible que le " passe sanitaire " soit exigé aux clients, mais pas aux serveurs. Ceux-ci " devront avoir reçu leur première dose de vaccination au plus tard le 1er août, sans quoi à compter du 30 août ça sera un test tous les deux jours s’ils veulent continuer à travailler ", a insisté Olivier Véran.

Mesure plus inattendue : le ministre a réduit la date-butoir à laquelle les Français disposent de leur " passeport vaccinal " à sept jours après la deuxième injection de vaccin, contre quatorze jours jusqu’à présent.

Cela permet d’obtenir plus rapidement son " passe sanitaire ".

En revanche, là aussi, le casse-tête se complexifie : au niveau européen, cette limite est toujours fixée à quatorze jours. Pour voyager au sein de l’UE, il faut en effet être vacciné depuis deux semaines.

Là encore, Olivier Véran a reconnu lui-même le problème, évoquant sur " France 2 " que " ça se complique un tout petit peu " et que " le travail d’harmonisation au niveau de l’Union européenne reste à faire ".

Bref : quoi qu’on en pense, les mesures annoncées par Emmanuel Macron arrivent dans tous les cas trop tard pour être appliquées avant la fin de l’été. Mettre en avant la vaccination, c’est bien. Le faire de manière réaliste, c’est mieux.

À moins que la prise de parole de lundi soir ne soit surtout un " coup de bluff " pour attirer vers les centres de vaccination. Si tel est le cas, cela a marché : dans la journée du mardi 13 juillet, près de 800 000 personnes ont reçu une injection.

Margot BRUNET

Marianne.fr