Procès en appel : Jérôme Cahuzac évoque sa " peur " d’aller en prison

, par  DMigneau , popularité : 4%

Procès en appel : Jérôme Cahuzac évoque sa " peur " d’aller en prison

Quand l’affaire avait éclaté, en décembre 2012, Jérôme Cahuzac avait d’abord parlé " d’accusations délirantes ". - Thomas SAMSON / AFP

Le procès de l’ancien ministre du Budget, condamné à 3 ans de prison et 5 ans d’inéligibilité en première instance, s’ouvre ce lundi 12 février à Paris. Il doit durer jusqu’au 21 février.

Ce sera le dernier acte d’une affaire qui a pourri le quinquennat Hollande. Ce lundi 12 février s’ouvre devant la cour d’appel de Paris le procès de Jérôme Cahuzac, ancien ministre du Budget condamné en décembre 2016 à 3 ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité pour « fraude fiscale », « blanchiment d’argent » et « omission de déclaration de patrimoine ».

Le but de l’opération pour lui : éviter la prison en réduisant sa peine à 2 ans, de façon à ce qu’elle soit aménageable. Interrogé sur les motifs de son appel en début d’audience ce lundi, il l’a lui-même indiqué avec franchise : " Je ne veux pas que ma mère et mes enfants me voient en prison. J’éprouve un sentiment assez banal... de peur. "

Depuis le début de l’affaire et sa condamnation, Jérôme Cahuzac, 65 ans, est en effet parvenu à ne pas passer une seule nuit en prison. Il risque toutefois d’aggraver sa peine qui pourrait passer de 3 à 5 ans ferme.

Pour éviter le pire, l’ancien député du Lot-et-Garonne a recruté un nouvel avocat : la star du barreau Eric Dupont-Moretti. Une embauche qui changera probablement la ligne de défense de Jérôme Cahuzac, qui avait plus que déconcerté lors de l’audience en 2016. Il avait notamment expliqué avoir mis de l’argent de côté pour la campagne de Michel Rocard, disparu quelques mois auparavant.

3,5 millions d’euros cachés au fisc

C’est une enquête de " Mediapart " qui, en 2012, a révélé que le ministre du Budget avait dissimulé un compte en Suisse, qu’il avait fermé en devenant président de la Commission des finances de l’Assemblée en 2010.

Un an auparavant, il en avait envoyé les avoirs à Singapour. Plus de 3,5 millions d’euros avaient ainsi été cachés aux impôts pendant plus de 20 ans par les époux Cahuzac, dont le patrimoine serait " en réalité beaucoup plus important " selon le « Parquet national financier » (PNF) " car nous n’avons que le solde, et il y a eu beaucoup de dépenses ".

A l’époque des révélations, le ministre du Budget, qui avait fait de la lutte contre la fraude fiscale son cheval de bataille, avait d’abord nié, arguant d’accusations " délirantes ". Il avait fini par avouer quatre mois plus tard, puis par démissionner.

En 2016, le tribunal avait jugé les faits “ d’une rare et exceptionnelle gravité " car il “ incarnait la politique fiscale de la France ".

Le précédent Thévenoud

Alors que son procès s’ouvre ce lundi, l’ancien ministre du Budget sera seulement accompagné de Philippe Houman, conseiller suisse condamné à un an avec sursis. Les autres prévenus du premier procès, le banquier François Reyl, condamné à un an avec sursis et Patricia Ménard, l’ex-femme de Jérôme Cahuzac, condamnée à deux ans de prison ferme, n’ont pas fait appel.

A noter que les deux ex-époux se sont acquittés d’un « redressement fiscal » de 2,5 millions d’euros avant l’ouverture du premier procès.

Retiré de la vie politique, bénéficiant des services de “ acquittator ” - le surnom d’Eric Dupont-Moretti -, et loin du tumulte médiatique ayant suivi ses mensonges dans l’hémicycle, Jérôme Cahuzac espère bénéficier d’une plus grande clémence de la Cour d’appel.

Rien n’est moins sûr : Thomas Thévenoud, ancien secrétaire d’Etat au Commerce du quinquennat Hollande, a été condamné en janvier en appel à 12 mois de prison avec sursis et 3 ans d’inéligibilité pour " fraude fiscale ", soit une peine quatre fois plus lourde que celle prononcée en première instance.

Alexandra Saviana

Marianne